Journaux des marches et opérations de la 2e division blindée
L’épopée de la 2e DB du général Leclerc et de la Libération de la France, consignée au jour le jour dans les journaux de marche par ceux qui l’ont vécue. Conformément à la règlementation, ces journaux de marches et opérations (JMO) ont été tenus par chaque unité, de l’état-major aux services de santé, en passant par les compagnies d’infanterie, batteries d’artillerie et escadrons de chars, qui composaient la 2e division blindée (2e DB) entre 1944 et 1945.
L’épopée de la 2e DB en 1944-1945
La tenue d’un JMO par unité est en effet obligatoire depuis une instruction de 1874. Inexistante pour les unités clandestines de la Résistance, elle redevint obligatoire en 1943 lors de la constitution de la 2e DB par le général Leclerc à Témara, au Maroc. Malgré les combats et les difficultés d’une armée en campagne, ces JMO furent rigoureusement tenus au jour le jour. Ils permettent de suivre au quotidien la Libération de la France, du débarquement de la 2e DB en août 1944 en Normandie à l’armistice en mai 1945, en passant par la bataille de Normandie, la libération de Paris, les batailles des Vosges et d’Alsace, les combats de la poche de Royan et la libération de l’Allemagne.
Une collection de JMO lacunaire
Nouveauté à l’époque, une division blindée associe chars et infanterie ainsi que des unités de soutien telles qu’un bataillon du génie et un bataillon médical. L'organisation de la 2e DB a été reconstituée en regroupant les JMO de toutes ses unités. 128 JMO, conservés dans les sous-séries GR 11 P et GR 12 P du Service historique de la Défense à Vincennes, ont été numérisés par les ateliers de photographie. Malgré tout, la série reste incomplète : certains JMO ne portent que sur quelques mois, d’autres ont été perdus ou sont conservés dans différentes institutions (par exemple le JMO de la « Nueve », 9e compagnie du régiment de marche du Tchad, qui a été versé au musée de la Libération de Paris). Parfois, au contraire, le JMO a une extension chronologique beaucoup plus large, commençant en 1942, voire en 1940, et se terminant en 1946 ou 1947.
Des points de vue très variés, une histoire incarnée
Ces JMO nous permettent de suivre le quotidien de 15 000 à 17 000 hommes et femmes, selon des points de vue très différents, du tankiste au médecin, de l’ouvrier du génie au secrétaire d’état-major. Le ton choisi par le rédacteur, toujours anonyme, est très variable : certains se contentent d’une rédaction sèche et synthétique, où transparaît la rapidité de l’action et la dureté des combats ; d’autres s’attardent sur des anecdotes, prennent un ton ironique ; certains enfin, conscients de vivre des jours historiques, se font épiques, lyriques ou laissent transparaître leur émotion. Grâce à tous ces éléments, ces JMO offrent une histoire incroyablement vivante et incarnée de l’épopée de la Libération.
Donatienne Ruby-Nougaret, Bureau des archives anciennes, SHD Vincennes
Pour aller plus loin : Pour que renaisse la liberté. La Libération dans les archives du Service historique de la Défense, sous la direction de Vincent Berne, Mathilde Dumonteil, Magali Duchesne Lachèvre, Silvana Editoriale / SHD, 2024.