Présentation du contenu

La sous-série GR B6, constituée de 199 cartons, présente un ensemble d’archives extrêmement variées, produites au cours de l’expédition d’Égypte : correspondances diverses ; ordres, arrêtés, instructions et proclamations ; états, notes, mémoires, rapports, comptes rendus et observations ; imprimés variés ; actes officiels, documents administratifs, etc. L’ordre général de classement est chronologique. Les cartons 1 à 3 concernent Malte et la traversée de la Méditerranée. Les cartons 4 à 82 couvrent la période qui va du débarquement à Alexandrie le 1erjuillet 1798 jusqu’à l’achèvement de l’évacuation fin 1801. Le carton 77 porte sur les années 1802 à 1811. Quant aux cartons 84 à 198, ils contiennent exclusivement des registres : ordres et correspondances soit de généraux, soit d’agents de l’administration comptable et financière. Le carton 199 contient un registre listant les morts au cours de l’expédition.

Les documents présentés ici sont le fruit d’un dépouillement systématique, réalisé dans le cadre d’un projet scientifique mené à partir de 2017 à l’Institut français d’archéologie orientale du Caire (Ifao). Il vise à faire connaître auprès du public et à mettre à sa disposition un corpus de près d’un millier de documents qui comportent des textes en arabe et parfois en turc ottoman. Si quelques-uns sont bien connus et ont fait l’objet d’études et de publications, l’immense majorité demeure inexploitée, voire totalement ignorée. Pourtant, ces documents sont du plus grand intérêt et représentent un corpus exceptionnel, tant historique que linguistique et culturel. Les quelque 80 documents avec du turc contiennent exclusivement des lettres rédigées par des Ottomans et adressées aux autorités françaises. En revanche, ceux avec de l’arabe sont beaucoup plus diversifiés. Les Français, militaires et administrateurs, étaient tous ignorants de l’arabe, langue de l’immense majorité de la population de l’Égypte. Dès lors, l’arabe s’imposait comme unique mode de communication possible entre Français et Égyptiens. Ces contacts et échanges ne pouvaient se faire que grâce aux interprètes. Ces indispensables intermédiaires provenaient pour quelques-uns des réseaux français de drogmans consulaires en Orient ou de l’Ecole spéciale des langues orientales ouverte à Paris en 1795. Mais la plupart étaient recrutés parmi les Orientaux, au sein des minorités chrétiennes catholiques.

À l’évidence, la plupart de ces échanges se faisaient sous forme orale. Mais l’écrit s’imposait également. Les Français y avaient recours, en partie pour assurer l’administration du pays, mais surtout pour s’adresser en arabe à la population sous forme de proclamations, de décrets, d’ordres du jour ou de nomination, ou encore pour soumettre des formulaires administratifs. Quant aux Égyptiens, c’est évidemment en arabe qu’ils rédigeaient leurs protestations, leurs plaintes et leurs requêtes. Ils appartenaient à des groupes sociaux très divers : ulémas, négociants, artisans, chefs de villages, cheikhs de tribus, caravaniers, émirs mamelouks, comptables coptes. C’est aussi en arabe que les membres d’institutions mis en place par les Français, tels les divans, communiquaient avec les occupants du pays. Il en était de même pour les fonctionnaires dans les administrations locales, notamment fiscales. Les textes étaient rédigés tantôt par des scribes, tantôt par les auteurs eux-mêmes. Il en résulte un corpus d’une extrême diversité, que ce soit dans les contenus, la typologie, la forme, l’écriture ou les niveaux de langue.

Ce corpus constitue aussi un remarquable miroir de l’arabe écrit tel qu’il se pratiquait en Égypte à la fin du XVIIIesiècle et offre une vision très diversifiée et nuancée des relations entre la population locale et les Français durant l’expédition. L'ensemble des documents numérisés présentés ici correspond à 13 cartons d'archives. Le reste des pièces qui composent cette sous-série sera progressivement mis en ligne.

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