Voyage de découvertes aux terres australes - procès de Yves Joseph de Kerguelen-Trémarec

Procès du capitaine Yves Joseph de Kerguelen-Trémarec, à la suite de son voyage de découvertes aux terres australes, 1774-1775.

Il s'agit d'un extrait manuscrit du journal de bord de l'expédition de Yves-Joseph de Kerguelen-Trémarec vers les Terres Australes. Le document est une page jaunie par le temps, avec une écriture cursive du XVIIIe siècle, typique des archives maritimes françaises de cette époque. Le titre indique qu'il s'agit du Voyage aux Terres Australes. Le commandant est identifié comme Sto S. Kerguelen (abréviation pour Sieur de Kerguelen). Les navires mentionnés sont la Frigate la Noizean et la Corvette la Dauphine. Les années du voyage sont précisées : 1773 et 1774. Le document est numéroté N° 8 et porte la mention Extrait du Journal. Un cachet rouge circulaire indique Archives de la Marine. Le 30 octobre, le navire appareille de Light de Comores (probablement Mayotte ou une île voisine) pour se diriger vers les terres australes. Le thermomètre de M. de Borda accuse alors 25 degrés. Le texte mentionne également la vue d'un point distingué et des observations sur les vents. Le 2 novembre, la latitude est au sud. La longitude est calculée d'après les montres marines de Paris, qui donnaient alors 2º en retard. Le point estimé se trouve à 180 lieues de l'île de l'Oiseau (Bassas da India). Le texte note que l'aiguille aimantée accuse une déclinaison de 14° vers l'est
procès de Yves Joseph de Kerguelen-Trémarec - SHDMB__MB_Ms_171__064__0001 - Service historique de la Défense/Brest

Au retour du second voyage du commandant Yves Joseph de Kerguelen dans les mers du Sud, en septembre 1774, son enseigne de vaisseau Marc Gaston du Cheyron, officier subalterne, porte plainte contre lui. Kerguelen le poursuit alors pour insubordination. Cette situation conduit les autorités maritimes et royales à ouvrir une enquête sur la campagne aux terres australes. Sa Majesté considérant que l'honneur de son pavillon, celui du corps de la Marine, et la gloire de la nation, paraissent compromis dans cette affaire, elle a décidé qu'il serait tenu un conseil de guerre pour instruire de tous les faits. Le conseil de guerre est présidé par le comte d'Aché, vice-amiral de France, et se tient de décembre 1774 à mai 1775. Le conseil de guerre reconnaît Messire Yves Joseph Kerguelen de Tremarec, capitaine des vaisseaux du Roy, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, coupable des faits qui lui sont reprochés.

La sentence concernant le capitaine Yves Joseph de Kergulen est prononcée à Brest, le 15 mai 1775.         

Le dit sieur de Kerguelen est reconnu coupable d'avoir illicitement et furtivement embarqué sur son vaisseau, la veille du départ de la rade de Brest, une jeune fille, d'avoir vécu avec elle et d'autres passagères pendant toute la campagne de la manière la plus indécente, la plus scandaleuse. Cette conduite a atténué le respect et la considération dus à son état, et a été une des principales causes du désordre qui a régné dans son vaisseau. Il est accusé en outre d'avoir embarqué une grande quantité de divers effets pour le commerce, qui ont tellement encombré le vaisseau et gêné l'équipage qu'il n'aurait pas été possible d'entretenir la propreté et la salubrité de l'entrepont. Le dit sieur de Kerguelen est par ailleurs accusé de n'avoir pas rempli ses instructions, en ne prenant aucune connaissance sur les terres australes, ce qu'il aurait pu facilement faire s'il avait profité des premiers jours de son arrivée aux dites terres australes, qui étaient assez beaux pour lui permettre de les approcher et de découvrir quelque mouillage. Enfin, il lui est reproché d'avoir fourni au procès un mémoire contenant des faits faux, calomnieux, diffamatoires et récriminatoires.

Pour réparation, le conseil de guerre extrait le dit sieur de Kerguelen de Tremarec du corps des officiers de la Marine ; le déclarant incapable de jamais servir le Roy dans sa Marine. Il le condamne en outre à garder prison pendant 6 ans, dans telle citadelle ou château qu'il plaira à Sa Majesté de lui assigner.

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